MICHEL DE CASO - PEINTRE
 

Michel De Caso est né en 1956 à Toulouse.

Jusqu'à l'âge de vingt deux ans son apprentissage de la peinture est volontairement autodidacte. En réaction contre l'art contemporain des années 60 et 70, De Caso refuse délibérément toute spéculation intellectuelle et se jette à corps perdu dans le monde de la couleur. Il "monte" à Paris en 1980, avec la ferme intention de vivre de sa peinture.

Il participe à plusieurs grands Salons d'art parisiens : Salon d'Automne, Jeune Peinture, Artistes Français ...

Sa première exposition personnelle avec plus de cinquante tableaux a lieu en 1983, au Centre Culturel Mathis de la Mairie de Paris. Il ressent la nécessité d'acquérir des connaissances théoriques. Il suit ainsi plusieurs formations artistiques et reprend notamment des études à l'âge de 35 ans à l'Université d'arts plastiques Paris 1 au moment où il met au point la rectoversion.

Le désir de retourner dans le midi ne le quitte pas. C'est en 2000, à 44 ans, qu'il a enfin l'opportunité de quitter l'Ile de France pour s'installer près de Carcassonne. L'espace Gibert de Lézignan-Corbières présente sa première exposition dans l'Aude en août 2001.

Michel De Caso

Annick, je tiens d'abord à vous remercier car en m'ayant proposé cette rencontre, que j'ai de suite acceptée lorsque j'ai découvert votre superbe site, vous m'aidez dans ma tâche de divulgation de la "Rectoversion". Avant de répondre à vos questions, je précise deux points importants. Lorsque je parle de la "Rectoversion", je l'entends dans le sens que j'ai donné initialement au concept. Il correspond à ce qu'est la "Rectoversion" originelle ou originale. Déjà, dans le mouvement d'artistes qui se sont regroupés autour de la "Rectoversion" ("Rectoversion, an 10 de l'an 10.000"), chacun a son approche de la "Rectoversion". Cela n'est pas gênant car la "Rectoversion" n'est pas un système fermé sur lui-même. D'autres approches "rectoversées" s'exprimeront. De plus, lorsque je parle du rapport du spectateur à une peinture "rectoversée", il faut comprendre qu'il ne s'agit pas du rapport à sa reproduction photographique mais bien du rapport à une peinture réelle dans lequel il n'est pas possible de juxtaposer les deux faces.

 

Symboliquement deux faces ? Trois faces ? Quel est le rôle de chacune ?

Une peinture "rectoversée" est aussi appelée "peinture triface" en référence à un objet impossible, c'est-à-dire à trois faces.

Nous sommes bien dans le domaine de la peinture et non pas dans celui de la sculpture. Cet objet plat à trois faces est constitué de deux faces pleines et d'une face évidée. Peinture triface. Une peinture "rectoversée" n'est pas une peinture double-face habituelle qui présenterait un recto et un verso et qui serait conçue selon le mode bipolaire. Elle est construite selon un mode ternaire qui échappe à l'analyse dualiste. Les trois faces d'une peinture "rectoversée" sont:

1. La face que vous voyez: c'est son recto virtuel.

2. La face que vous ne pouvez pas voir en même temps: c'est son verso virtuel.

3. La ou les percées constituées de vide qui traversent de part en part les deux faces et qui constituent la troisième face.

 

Les deux faces peintes : un recto et un verso virtuels.

Je ne donne pas de directives pour regarder une peinture "rectoversée".Chacun la regarde comme il l'entend et attribue le statut de recto ou de verso virtuel à la face qu'il veut.

En général, la face qui apparaît la plus obscure, curviligne, féminine (dans le sens du yin oriental), sera perçue comme le verso virtuel.

La face la plus lumineuse, rectiligne, masculine (yang oriental), sera perçue comme le recto virtuel.

J'ai constaté que souvent l'attribution du statut de recto ou verso virtuel à telle ou telle face dépend de chacun!

"Il traversera le métal, même "

153 x 102 cm (X2) 1992-94

Il y a donc bien un recto et un verso mais leur attribution est relative.La "Rectoversion" ne consiste ni à remplacer le recto par le verso (ou vice-versa), ni à nier les spécificités de chacun. Même si objectivement le recto virtuel est d'abord la face vue tandis que le verso virtuel est la face non vue, cette visibilité est relative et dépend de notre propre point de vue.

 

Il y a toujours une face cachée mais elle peut devenir visible à son tour tandis que celle qui était visible l'instant d'avant devient cachée. C'est une véritable dialectique de la relativité du sens qui est attribuée à chacune des deux faces peintes et c'est pourquoi j'ai écrit que devant une peinture "rectoversée", c'est le regardeur qui fait le recto. Cette formule est aussi un clin d'oeil à l'histoire de l'art puisqu'elle réactualise la formule de Marcel Duchamp qui avait déclaré: c'est le regardeur qui fait le tableau.

 

 

 

Dans une peinture "rectoversée", il n'y a même pas un ordre temporel de lecture.

Quand commence le tableau ?

 

 

De ce côté-ci?

 

De ce côté-là?

"La porte du coeur"

97X100 cm (X2) 1996

La troisième face

Quant à la troisième face, constituée de vide, elle est d'une autre nature que les deux faces peintes.Présente des deux côtés, elle permet d'accentuer la relation de va-et-vient entre les deux faces pleines et aide le spectateur à passer de l'autre côté. Elle l'invite aussi à "trouer le visible".

Cette opération, qui est totalement dissonante au niveau du regard, est l'essence de la "Rectoversion".C'est malheureusement son aspect le plus difficile à saisir : on ne troue pas impunément le visible!

 

Notre culture dualiste marque la pensée de façon si forte qu'on n'arrive pas à penser et à analyser d'une autre façon. Or, pour apprécier une peinture "rectoversée", l'analyse rectoversée, c'est-à-dire au minimum ternaire, est fortement conseillée.

C'est comme lorsque vous regardez un tableau surréaliste. Pour l'apprécier à sa juste valeur, il est préférable de "rentrer" dedans en prenant une façon de voir "surréaliste". Si vous le regardez de façon trop rationnelle, vous passerez à côté.

 

La Rectoversion est née à l'extrême fin du XX° siècle. Sa divulgation au niveau des mentalités ne prendra son épanouissement qu'au cours du XXI° siècle. Récemment, j'ai appris que la grande distribution des magasins de bricolage proposait des cadres/sous-verre doubles faces, c'est pour dire!

La mutation des mentalités poursuit son chemin, inexorablement.

 

L'homme est souvent présent dans vos tableaux, mais toujours estompé, à peine perceptible ?

Mes peintures exprimeront toujours mieux ce que je suis capable d'exprimer oralement ou par écrit à leur sujet. Ce constat est classique et concerne d'ailleurs toute peinture artistique (l'art qui répond le mieux à ce constat est bien sûr la musique).

 

Toutefois, je peux dire que mon style pictural est à la fois figuratif et abstrait mais fondamentalement non réaliste. Il ne s'agit pas non plus de la représentation de rêves nocturnes. Ce sont des sortes de visions mentales qui s'imposent à moi naturellement. Je dessine et peins ce que je vois intérieurement, sans comprendre au juste ce que je fais. C'est une matérialisation de rêves éveillés et dans les moments de créativité, je n'ai plus la notion du temps ni de l'espace et même le "Je" disparaît.

 

Il y a effectivement une présence humaine dans mes peintures, des corps et des visages, vus de face ou de dos. Comme vous le signalez, leur présence est estompée. Ce sont des visions, des allusions iconographiques, des sensations dans lesquelles l'anatomie ne répond pas à des canons artistiques. Le critère n'est pas la corporalité telle que nos sens la perçoivent. Ce sont des signes que je tente de rendre accessibles en leur donnant un aspect plus ou moins lisible.
En d'autres termes, j'essaie de partager avec le public cette vérité intemporelle selon laquelle la peinture, même si elle est bafouée par les lois mercantiles et idéologiques, reste une voie d'éveil à soi-même. Dans cette optique, mon iconographie est ouverte et ne renvoie le spectateur qu'à lui-même. Elle le questionne sur sa propre quête intérieure. Elle ne lui propose aucune solution mais l'invite à rechercher la solution en lui-même.
C'est en ce sens que mon style pictural est métaphysique, expressionniste et surréaliste. Il a trouvé dans la "Rectoversion" une construction inédite qui lui convient parfaitement. D'ailleurs, "mon style" s'est épanoui réellement qu'à partir de 1992, après la mise au point de la "Rectoversion".

La peinture ouvertement conçue comme une porte, matériellement percée. Une invitation au passage à travers.

 

 

Un grand merci Michel pour votre gentillesse et pour nous avoir ouvert la porte de vos rêves.

 

Retrouvez Michel De Caso sur son site

 

 
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