Je vous présente Ariaxs-Druuis Boutios, druidisant, enseignant, iconologue/iconographe, artiste, qui a accepté de répondre à quelques questions pour Bretagne Celtic.
 
 

Cette interview représente une quinzaine de pages et il ne m'était pas possible de vous le présenter intégralement ici, aussi pour ceux qui le souhaitent, je vous propose de télécharger la version intégrale en format Word en cliquant sur ce lien :

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Votre collège, La Druuidica Comardiia Eriutalamonos (La confraternité druidique d'Amérique) est au Québec. La diversité religieuse y est plus importante que chez nous en France, depuis les religions amérindiennes qui ont précédé le christianisme, jusqu'aux vagues d'immigrants apportant les religions protestantes, musulmanes, hindouistes,... et sans compter l'émergence des groupes dits "Nouvel Age". Quelle peut être la place du druidisme vrai dans ce paysage ? Comment éviter que la culture celtique soit assimilée au paganisme type "Nouvel Age" ou à du folklore ?

Bonne question! Pour bien y répondre, il faut d'abord dresser un portrait de la situation générale du Québec, sinon du Canada-français, plus précisément des deux Acadies, l'Ontario et le Manitoba, et de replacer le tout dans l'ordre chronologique, si ce n'est déjà fait. Disons simplement que les Amérindiens vont être pendant plus de quatre cents ans la cible première de l'évangélisation chrétienne en Amérique. Certaines populations venant d'Europe viendront en Amérique Bible en main, des sectes protestantes pour la plupart. C'est déjà un certain intégrisme.

Sous le régime Français, les Juifs, pour les nommer, ne seront pas autorisés à s'installer dans les colonies. Ils ne viendront qu'après la conquête de Québec et ce, en nombre infime car la Couronne anglaise a-elle aussi ses réserves. Quelques marchands anglais de confession juive vont donc suivre l'armée de conquête, vont s'installer à demeure et fonder quelques familles. Il va falloir attendre le XXe siècle avec l'exode des Juifs d'Europe centrale et d'Allemagne pour voir un nombre significatif de Juifs débarquer au Québec.

Les premiers Indiens ne viendront qu'avec l'assouplissement des règles en matière d'immigration jusqu'alors assez sévères envers les candidats non Britanniques. Avec l'ouverture des chemins de fer au tournant des XIXe et XXe siècles les Sikhs, avec les Chinois et les Syriens orthodoxes, seront les premiers non Européens à venir au Canada. Quant à l'Islam, c'est un phénomène extrêmement récent qui a débuté dans les années soixante avec un autre assouplissement des lois sur l'immigration. Vers le milieu des années soixante-dix ce seront les Pakistanais et les Libanais, qui en profiteront le plus. Et vers la fin des années soixante-dix, les " boat-people " vietnamiens bouddhistes et catholiques profiteront d'une vague de sympathie populaire. Puis, vers la fin des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, l'immigration en provenance des pays arabes, asiatiques et africains ira tellement grandissante qu'à l'heure actuelle l'Islam est déjà en train d'éclipser les anciennes communautés religieuses déjà bien installées nommément les Juifs et les Bouddhistes chinois et vietnamiens. Montréal, la ville que Mark Twain avait qualifiée de " ville aux cent clochers " est déjà en 2002 en passe de devenir la ville aux cent mosquées. C'est un phénomène inquiétant car les autorités de cette confession n'ont jusqu'à maintenant éprouvé aucune sensibilité envers les diverses communautés d'accueil, autochtones et/ou de souche ancienne, en maintenant une politique expansionniste par le prosélytisme. Le dialogue inter-religieux, voire inter-confessionnel, avec ces milieux est grandement compliqué par leur grande fermeture aux valeurs occidentales et laïques. Pour plusieurs, les nouvel-âgistes ne sont que des sorcières juste bonnes à lapider. Et ces derniers, prêchant par excès de tolérance, sont toujours prêts à donner le bon Dieu sans confession. Le Nouvel-Âge, mouvement flou s'il en est un, n'est apparut sur la scène des nouvelles religions qu'à la fin des années soixante-dix, s'inspirant en gros du courant holistique américain alors imprégné de bouddhisme zen, d'hindouisme transcendantal, de chamanisme déconnecté et de néo-paganisme commercial à saveur wiccanne ou féministe écologiste " politiquement correct ". Il ne va pas sans dire que le côté très " baba-cool " de ce courant rebute la plupart des gens âgés qui sont sensibles aux valeurs enracinées. Pour ce qui est du druidisme ou autre paganisme enraciné tels que l'odinisme et le chamanisme amérindien, c'est encore pour l'instant un phénomène de fond qui gagne surtout les plus jeunes. Notre courant néo-druidique est né de la volonté de réconcilier la tradition populaire héritée de nos ancêtres de France, Bretagne et d'Irlande avec les lignées néo-druidiques traditionnelles. La Druuidica Comardiia Eriutalamonos n'est qu'une des branches nées d'un premier collège fondé dans les années quatre-vingt.
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L'histoire du druidisme au Canada est encore assez nébuleuse. Malgré tout, on peut en tracer quelques grandes lignes :
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Quelque temps après la conquête anglaise, à Québec et Montréal, à partir de 1760, instauration de loges maçonniques avec groupuscules d'obédience néo-druidique appartenant à une des trois lignées à tendance protestante et mutualiste : Ancient Druid Order de John Toland (1717), Ancient Order of Druids de Henry Hurle (1781) et Druid Order d'Edward Williams (1792). Les membres de ces confréries ouvrent aussi au sein d'associations chrétiennes telles que ls Saint-George's Society, la Saint-Andrew's Society et la Saint-David's Society.
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Après la guerre de 1945, de nombreux Bretons s'installent au Québec. On voit alors apparaître les premières manifestations néo-druidiques. Mais étant donné que le druidisme des deux Gorseddau, la galloise et la bretonne, sont associées à la franc-maçonnerie, l'évêché avec l'aide du gouvernement Duplessis, s'empresse de décourager toute manifestation publique. La Gorsedd bretonne compte encore quelques adhérents de la communauté bretonne dispersés à travers le Canada.
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Fondation, en 1986, du Nemeton des Druides du Québec. Un petit regroupement de néo-druidisants suivent les enseignements et préceptes de la druidesse parisienne Huguette Cochinal, du Collège des Druides, Bardes et Ovates des Gaules.
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À la fin des années quatre-vingt-dix, introduction dans les universités anglophones de Montréal, principalement l'Université Concordia, d'associations néo-druidisantes américaines de type An Draioch Fein (A.D.F.) et Henge of Keltria.
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En 1990, fondation du Diuiciacton Druidiates Broga Caiiobacias, à partir du Nemeton des Druides du Québec. Association avec la Druidiactos américaine à partir de 1991.Installation du Collège d'Études Celto-Druidiques, c'est-à-dire du Collège du Grand Chêne Inter-Celtique fondé par le grand Druide René Bouchet (fils de Paul Bouchet) Renatos Bod-Koad dans les Laurentides du Québec
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En 1993, le Diuiciacton se scinde en deux pour former la Comardiia Druidiacta Celtiai (section Québec) et la Comardiia Eriutalamonos (section Canada/Nouvelle-Angleterre) qui procèdent toutes deux de la Comardia Druidiacta Aremorica, et qui sont toute deux encore actives.
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Depuis 2000, les associations néo-druidisantes sans véritable initiation foisonnent au Canada. Plusieurs sont nées de groupuscules dérivant de collèges américains et d'O.B.O.D. par cours de correspondance. Ces groupuscules sont estimés à au moins huit ou dix.
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Que pouvez vous nous dire sur les Druides et l'astrologie ?
 
En fait, l'astrologie des Druides n'était pas très différente de celle des Grecs, et encore moins de celle des Indiens. Il va falloir oublier tout ce que nous avons vu jusqu'à maintenant, à savoir l'astrologie gauloise, avec ses 21 signes et l'astrologie celtique à 13 signes, en passant par tout ce qui nous est venu de Robert Graves et sa suite. Bref, à partir des sources épigraphiques (calendrier de Coligny), manuscrites médiévales (livre de Ballymote), classiques et linguistiques, nous en savons assez sur l'astrologie antique des Druides pour en dresser un portrait beaucoup plus juste que les fabulations gratuites auxquelles nous avons eu droit jusqu'à maintenant. Par exemple, dans les " Barddas de l'Ile de Bretagne ", il est dit qu'il y avait anciennement quinze planètes. Ce qui revient à dire que les Anciens connaissaient cinq planètes ou " étoiles errantes " sans compter les deux luminaires, et que le triplement exprime une notion sacrée. Bref, chacune des cinq planètes se trouve aussi simultanément dans chacun des trois mondes. Dans l'astrologie védique, on retrouve aussi ce concept des mondes exprimé en " lokas " ou lieux, divins et planétaires. Encore une fois, il y a concordance avec la tradition indienne !
Nous savons aussi que les Druides avaient une telle maîtrise de l'astrologie, voire de l'astronomie et des sciences naturelles, qu'ils faisaient des envieux non seulement chez les Latins et les Grecs, mais aussi chez les autres peuples de l'Antiquité, chez les Germains entre autres.Les auteurs latins nous rapportent que, de tous les peuples de l'Empire, les Gaulois étaient les plus réceptifs à l'astrologie.
Le celtologue anglais Peter B. Ellis et la Française Raymonde Reznikov ont été parmi les premiers à remarquer la parenté des cosmologies druidique et védique. Ellis a découvert que les textes irlandais décrivaient un système analogue à celui des 27 maisons lunaires appelées nakshatras en sanskrit.
Dans ce motif mythologique, il est décrit comment le roi Aillil (< Alpillis = nain, esprit) avait un palais circulaire volant dans lequel il y avait une grande salle avec 12 hublots et une petite avec 27 fenêtres desquelles il pouvait admirer ses 27 " filles des étoiles ". Les nakshatras des védas, correspondant à la Qataira Alpilleios ac Meduas, palais ou maisons lunaires celtiques, portaient donc les noms des filles d'Aillil et Medb (< Medua = l'Ivresse). Aillil est donc l'équivalent irlandais du Soma indien.
Du côté britannique, il y a le légendaire Taliesin, le Ptolémée des Bretons en quelque sorte.
Dans un poème, il déclare ceci : " Je suis instruit dans les principales sciences et le raisonnement concernant les veines et les humeurs, la nature générale de l'homme. Je suis un homme de connaissance primordiale, en la connaissance primordiale, je suis un astrologue expérimenté, qui prononce des solutions, qui parle aux sycophantes (euphémisme christianisant pour grands druides), je maintiens la connaissance divine ". (in La Conspiration hostile // The Hostile Conspiracy).
On retrouve d'autre références sur les étoiles dans l'Historia Regum Britanniae (ca. 1134) de Godfroy de Monmouth et dans d'autres textes bretons attribués à Merlin.
Un texte irlandais du Xe siècle, le Psautier des Quatrains (Saltair na Rann) se fait insistant sur le fait que tout Irlandais éduqué connaissait les douze signes du zodiaque en ordre, le jour exact et le mois dans lequel le soleil entrait dans chacun des signes.
Et d'après Cormac MacCuileannain (836 à 908 a. J.C.) dans le Glossaire de Cormac (Sanas Chormaic) : " Toute personne bien renseignée devrait pouvoir estimer l'heure de la nuit à partir de la lune et de la position des étoiles " (P.B. Ellis).
Mais le document capital demeure le livre de Ballymote (Lebhor Bhaile Mhota), sigles 21, dans lequel on retrouve les symboles celtiques des constellations et des signes zodiacaux.
Enfin, dans le calendrier de Coligny les noms des constellations zodiacales sont qualifiés ainsi :

 

Balance : Cantli Prinnios

Scorpion : Samoni Prinnios

Sagittaire : Dumanni Prinnios

 

Capricorne : Riuri Prinnios

Verseau : Anaganti Prinnios

Poissons : Ogroni Prinnios

 

Bélier : Cuti Prinnios

Taureau : Giamoni Prinnios

Gémeaux : Simiuisonni Prinnios

 

Cancer : Equi Prinnios

Lion : Elembiuii Prinnios

Vierge : Edrini Prinnios

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Quel avenir pour le druidisme ?
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Je me fais souvent poser cette question, et pour y répondre, je ne sais jamais par quoi commencer.

 

Le druidisme peut avoir un avenir, certes, mais quel avenir ? Continuerons-nous encore dans la clandestinité, la marginalité ou oserons-nous le " coming out ", la sortie du placard ? Quel druidisme devons-nous montrer à la " face du monde ", celui de la Gorsedd, celui des Anglo-Saxons avec celui des Français, celui de la Comardiia (Kredden Geltiek) ou encore ceux des nombreux groupuscules indépendants ?
Les problèmes d'ordre structurel se retrouvent à tous les niveaux et dans toutes les écoles du mouvement néo-druidique ou néo-druidisant.
Les problèmes de transparence chez les néo-druides ou druidisants, nuisent beaucoup à la crédibilité et à la perception extérieure qu'on a de ceux-ci et leur mouvement
Aussi, les problèmes de diffusion de textes sacrés, de transmission du savoir, d'une bonne compréhension de l'expérience spirituelle et religieuse, de la théologie et de la mystique, et d'une bonne médiatisation, sont autant de facteurs qui nuisent à son expansion.
Pour surmonter tous ces problèmes, il faut voir plus grand : Voir " la forêt derrière l'arbre ". Il faut avoir un plus grand sens universel, cosmique (c'est le propre des confessions I.E.), un plus grand esprit de coopération inter-collégial, inter-religieux (Druides / Godis / Brahmanes / Mages / Hiérophantes etc.), bref une volonté d'harmonisation, de décloisonnement. J'ajouterai que sans cette harmonisation, ce décloisonnement et cette cohésion interne, le néo-druidisme est condamné à plus ou moins long terme par faute de renouvellement et d'ouverture. Encore faut-il faire preuve de plus d'honnêteté, d'humilité et de réalisme si on veut vraiment avancer (sans masque).
Mais surtout, il faut aussi savoir que le druidisme antique n'était pas très différent du brahmanisme. C'est donc dire qu'il y a possibilité d'arrimage avec l'hindouisme et le bouddhisme. Pour ce faire, encore faut-il s'entendre sur un minimum de " certitudes " qualifiées de convenances (Adilones à la base d'un véritable dharma, dedma en celtique). Ainsi, après une longue probation expiatoire, notre Gargantua, le corps druidisant, est invité à "se mettre sous autres pédagogues " comme dirait maître Rabelais.

Et " voici comment Gargantua fut mis sous autres pédagogues " :

Les collèges et groupes doivent retrouver les fondements ou pré-requis nécessaires à la pratique d'un bon Dedma (dharma) celtique :

Initiation auprès d'un(e) maître(sse) reconnu(e) basée sur la tradition (apprentissage des textes sacrés, étude de la théologie, étude des sciences, naturelles et cosmiques), pratique du Iugon (Yoga), application des trois fatalités ou Fothads (Uotadiones / Gonnai), pratique des quatre Adilones (convenances).

Port du cordon initiatique des trois classes initiatiques : lin blanc pour les druides, chanvre rouge pour les guerriers, et laine jaune, bleue, verte ou grise pour les producteurs artisans. Tunique de lin blanc pour les druides, rouge pour les guerriers, et jaune, vert ou bleu pour les producteurs.

Régime alimentaire adéquat pour chacune des trois classes, voire d'un régime végétarien pour les druides. Consommation modérée de produits alcoolisés tels que le vin, la bière et l'hydromel, éviter la consommation régulière des liqueurs fortes. Éviter les viandes préparées selon les modes non-dharmiques et les aliments consacrés par les prêtres, les rabbins et les imams.

Pratiquer les chants mantriques, sons celtiques sacrés basés sur les oghams et coelbrenns. Donc, vivre une bonne vie, pratiquer le courage et honorer les dieux, sinon le Dieu des druides, afin de vivre un bon dedma et enfin se libérer du cycle des retours.
Voici les conseils donnés par Caddocos, le saint, à Talogleisonos son disciple et chef des bardes

Avant de parler, considère:

En premier, ce que tu as à dire,

En second, pourquoi le dire,

En troisième, à qui le dire,

En quatrième, de qui tu le dis,

En cinquième, ce qui résultera de ton dire,

En sixième, quel bien proviendra de ton dire,

En septième, qui écoutera ce que tu as à dire,

Mets tes paroles sur le bout de ton doigt avant des dires,

Et tourne-les de ces sept manières avant de les exprimer,

Dès lors, aucun mal ne viendra jamais de tes paroles.

Il n'y a de sage que celui qui voit sa folie.

Il n'y a de capable de connaître que celui qui se connaît lui-même.

Il n'y a de savant que celui qui voit son erreur.

Il n'y a d'habile, que celui qui comprend son habileté.

Il n'y a de vigilant, que celui qui évite ce que cherche son désir.

Il n'y a d'aveugle, que celui qui ne voit pas ses propres fautes.

Il n'y a d'intelligent, que celui qui comprend ses propres défauts.

Il n'y a de vainqueur que celui qui triomphe de ses infirmités.

Il n'y a de sage que celui qui instruit l'ignorant.

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Pouvez-vous me parler de votre parcours, et de votre collège ?
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Je peux vous dire sans hésitation qu'aussi loin que je puisses retourner en arrière, une douce mélancolie m'atteignait au tréfonds de moi... et dans le fond de mon âme, l'appel des fées résonnait comme le chant des sirènes. Je pensais à Merlin, Morgane et aux flots qui s'abattent sur Camelot. Un jour, à cinq ans à peine, un petit voisin me traita de menteur parce que je lui avais dit qu'avant d'être né j'étais un vieillard qui était mort.
Je préférais mes vacances d'été au Québec chez mon grand-père, un conteur né, qui savait chouénner, c'est-à-dire raconter des merveilles. Nous voilà encore au pays des fées, des géants, des loups-garous et des lutins, et tout ce beau monde s'animait au bout de son champ.Je peux vous dire aussi qu'à l'adolescence, suite à la lecture du De Bello Gallico de César, j'ai été atteint d'une incurable " druidomanie ". Les druides sont devenus pour moi non seulement une fascination mais une incurable obsession. Plus tard, étudiant à l'université, j'ai vu mes amis se passionner pour l'Inde. Les Maharesh Yogi, Sri Chimnoy, et Swami Prabupada étaient sur toutes les lèvres. Curieusement, alors que je voyais mes amis se ruer loin vers l'est, mon pèlerinage ne s'arrêta pas très loin à l'est, sur la Côte, de l'autre côté de l'Atlantique, c'est-à-dire à l'est de Camelot. Au début, j'ignorais qui étaient les véritables Druides, et plus j'en apprenais sur eux, plus le mystère grandissait, s'épaississait comme la brume de mer. Lors d'un séjour en Angleterre à l'été de 1973, j'ai su qu'il y avait encore des gens se réclamant du druidisme. À cette époque on entendait peu parler des néo-druides sauf par les reportages entourant Stonehenge. Je séjournais alors dans un Toc H club tenu par un Gallois, un certain Mr. Brittian.
Celui-ci me raconta, suite à mon intérêt exprimé pour les anciens druides, l'aventure rocambolesque d'un druide " fameux " Robert MacGregor, une connaissance du révérend 'Tubby' Clayon, fondateur du Toc H, qui fréquentait le cour de Londres. Il me conseilla alors de lire le livre " The Druids " de Stuart Pigott qui fait la synthèse de l'histoire du druidisme, des paléo-druides aux néo-druides. Suite à cette expérience, je pris la résolution de retrouver ces néo-druides afin d'en apprendre plus, quête qui va me mener un jour à entrer en contact avec la Druidesse Huguette Cochinal, avec laquelle je vais correspondre quelques années avant son décès.
J'ai toujours eu le sentiment que le trésor se trouvait sous le seuil de ma porte, un peu comme le pot d'or au bout de l'arc-en-ciel.En 1986, je participai à la fondation du Nemeton des Druides du Québec, un petit regroupement de néo-druidisants qui recevaient l'enseignement par correspondance de feue Huguette Cochinal du Collège des Druides, Bardes et Ovates des Gaules. Avec un membre du Nemeton, j'ai cofondé, en 1990, le Diuiciacton Druidiates Broga Caiiobacias. En 1991, je suis devenu membre de la Druidiactos (sic) américaine, un groupe de sympathisants néo-druidisants composé principalement de Tagh MacCrossan (alias Tom Cross) et Taranucnos (alias Ernest Bidwell), qui reçevaient les enseignements de Serge Pineau et d'Alain LeGoff. J'ai commencé à correspondre avec les druides Esunertos (S. Pineau), Gobannogenos (Alain LeGoff) et AnHabask (M. Raoult).
MacCrossan a par la suite abandonné sa quête néo-druidisante et régresse au christianisme.
Dur, dur d'être païen dans un pays comme le Texas ! C'est alors que je me suis occupé pour quelque temps du Druuidiactos avec Taranucnos.
Au Québec, en 1993, le Diuiciacton s'est scindé en deux entités

La Druuidica Comardiia Eriutalamonos et la Comardiia Druidiacta Celtai. À ce moment-là, j'étudiais sous la direction d'Alain LeGoff qui devint mon Druide initiateur. En 1998, Il m'a initié dans son collège, la Comardiia Druuidiacta Aremoricas Uercorectus. Mon vieil ami Boer Lingon vint me visiter en mai 1999 et j'acceptai de m'occuper de son Ordre du Tribann pour le Canada. Par la suite, je travaillai activement auprès des Swamis vishnouïtes et shivaïtes à un rapprochement entre le druidisme et l'hindouisme. Un travail qui commence à porter fruit.

Depuis, j'ai été très actif à sensibiliser les néo-druidisants du Canada et de toute l'Amérique aux valeurs profondes, spirituelles et morales d'un druidisme véritablement enraciné.

Je peux dire sans ambages que le druidisme c'est l'avenir, c'est le Grand Véhicule des pays de l'Ouest !
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Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui désire suivre cette voie ?
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Cette voie est haut perchée, taillée à flanc de montagne. Elle surplombe des gorges profondes aux cours impétueux. Elle est courroucée par les chutes de pierres et les avalanches venant des cimes enneigées. Elle est difficile et longue, mais pour celui ou celle qui a le pied ferme, elle mène inévitablement à la Grande Plaine des tertres sacrés où naguère sommeillaient les gens de la Déesse Danua
Je leur demanderais de ne pas partir à la cherche du continent perdu ; ce continent merveilleux est sous nos pieds. Ne répétons pas l'erreur de Donnos en manquant de respect pour la triple déesse souveraine de la terre. Ayons au contraire la grâce du druide milésien Amarogenos en re-consacrant la terre au nom des trois déesses tutélaires des lieux. À ceux qui n'exécreront pas la terre, il y a promesse de vie et de bonheur. Ayez le courage de la défendre contre les puissances de l'ignorance et de l'irrespect. Celui qui crachera sur le sol sera recraché par le sol. La terre est en nous comme nous sommes en elle. Une bonne mère reconnaît toujours ses enfants.

Je leur demanderais de retrouver la source qui est en eux car là où tombent les noix de la connaissance, là réside le saumon de la véritable sagesse. N'allez pas à la source de l'inspiration en l'approchant de gauche car elle débordera et vous emportera dans son flot. Faites comme Nectanos, le propre, et ses trois échansons, Uliscios (la Baguette), Lamios (la Main) et Luamos (le Pilote) : approchez avec circonspection en circum-ambulant par la droite. Car la main droite guide et tient la baguette de l'instruction.

 

Je leur demanderais de raviver la flamme qui est en eux. Comme disait Amarogenos : " Je suis le Dieu qui fait le feu dans l'esprit, qui, à part moi, connaît les secrets de la porte de pierre ". Le soleil est en nous comme il est en dehors de nous. Nous sommes en lui comme il est en nous. Ravivons la divine dévotion en Grannos Oinogustios Ogios, Belenos le Maponos, et reprenons nos formes de cygnes. Ainsi, les anti-druides de ce monde diront : " depuis quand le soleil se lève-t-il à l'Ouest ? "

 

Je leur dirais de se trouver un véritable maître-druide, un gourou dans le vrai sens du mot. Pas un gourou médiatique, ni un abuseur public, ni un vendeur du temple, ni un comédien de rue, ni un collecteur d'impôts, ni un prophète de malheur, ni un sbire de la pensée, ni un fou de Dieu, ni un supplicien de l'âme, ni un terroriste dogmatique, ni un scoliaste jésuitique, ni un geôlier de l'être, mais bien un Anamûcarans, un ami de l'âme, c'est-à-dire un guide spirituel, un conseiller, bref, un ami tout court.

Si votre druide n'est pas un Anamûcarans, alors changez de druide !

 

Je leur dirais de fouiller sous le perron de leur porte car c'est là que se trouve le trésor. Cessons de vivre par les mythes des autres. Jérusalem n'est pas le centre du monde, pas plus que Rome ou La Mecque. Le centre est là où les dieux ont foulé le sol de leurs pieds de nénuphar. Ces lieux sacrés sont vrais certes, mais pas bien loin de chez vous ! Ne vivez pas par procuration. Vivez vos rêves, pas ceux des autres. Cessez d'être, comme dirait l'apôtre Paul, l'esclave du Juif ou du Romain et du Grec de service. Pourquoi vouloir jouer aux cow-boys et aux Indiens aux sons des tam-tams et des clochettes ? Pourquoi servir de témoin (de Jéhovah) aux aveugles ? Pourquoi tourner en rond comme des derviches étourdis ? Ayez le courage de dire non à l'autophobie et à l'effacement de soi. Écoutez la petite voix qui est en vous, sentez les choses venir à vous. Ayez confiance en cette puissance tranquille qui est en vous. Fuyez les faiseurs de miracles, les fakirs et les prestidigitateurs, la vie EST le véritable miracle et vous en êtes les premiers joueurs ! Ayez confiance en la vie.

 

Je leur dirais enfin, d'oublier tout ce que je viens de leur dire. Faites votre propre idée, votre propre recherche. L'essence du druidisme est : Eula (Science), Uidtu (Connaissance) et Ambiuritu (Recherche), de là les trois Druides primordiaux : Sulaxsus (la Sagesse), Uissus (le Savoir), et Uocomarcos (la Recherche). " Il faut fouiller la matière comme le sanglier fouille le sol à la recherche de la truffe ".

Sedos in nemon - nemos are dumnon - dumnon uo nemon nertos si papon.

(Paix dans le ciel, ciel sur la terre, terre sous le ciel, force à chacun !)

Iol Celtica Senadedma

 
 
 
Pour en savoir plus je vous conseille le site Les Druides du Quebec.
 
 
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