Interview
de /|\ Ram, Grand Druide Confédéral de la Confédération
de Fraternités Druidiques et Grand Druide de la Fraternité
Initiatique Druidique Abalo,
réalisée
en mai 2008 par Bretagne Celtic.
Comment
as-tu rencontré la Tradition Druidique ?
Je
suis tombé dans le chaudron à 15 ans, sans crier gare,
à la table dominicale chez mes grands-parents maternels, à
Épinal dans les Vosges, lors d’une discussion familiale
fortuite qui m’ébranla et me résolut définitivement
à la Quête.
Ma grand-mère était Druidesse, ma mère était
Druidesse, deux de mes tantes maternelles Ovates, et tout ce petit
monde était aussi Théosophe, ainsi que mon père.
Ma grand-mère, Maria Dolorès Peiffer, était une
femme exceptionnelle, estimée de tous sans exception, Druidesse
Viviane au Collège Druidique des Gaules et grande amie du Grand
Druide Bod Koad - Paul Bouchet et de son épouse Lucienne, Druidesse
Luciana ; elle y avait aussi connu Morgane - Marguerite Lejeune, dernière
Grande Druidesse (à qui Paul Bouchet conservera son titre,
en parallèle du sien, jusqu’à sa mort) d’une
rarissime lignée féminine gauloise alors intégrée
dans le CDG. Ses relations avec des Membres de la Gorsedd de Bretagne
étaient au plus haut niveau. Quant à ma mère,
Plac’h Doue (Marie-Dominique de Fournier de Brescia), tout aussi
admirée que ma grand-mère, elle fut la disciple préférée
de Bod Koad qui répétait (trop et trop fort pour certains
sans doute !) qu’elle était sa fille spirituelle. Il
l’appelait tendrement « Plac’h (qu’il prononçait
plash !) Bihan » et « ma fille ». Elle devint Grande
Druidesse de la Fraternité Universelle Druidique, courtisée,
mais en vain, par les plus grands Ordres initiatiques druidiques,
maçonniques et la Golden Dawn.
C’est dans
un tel contexte que je devins disciple - ovate dans ma 16ème année,
puis ovate à 19 ans sous le nom de Ker Gwirionder, puis chef de
la Clairière de l’ Est « Vogesus » (à
Valfroicourt, Vosges) sous l’oeil de ma grand-mère à
23, sous le nom de Gwirion.
Tu
as, je le sais, beaucoup d’amitié et d’admiration pour
Paul Bouchet, peux-tu nous parler un peu de l’homme et du Druide
qu’il était ?
En
effet, je l’aime encore beaucoup, par delà l’illusoire
rideau de la mort.
Mais il faut, pour le comprendre, le resituer dans l’histoire du
renouveau de la branche plus spécifiquement gauloise du Druidisme
contemporain.
On y trouve deux personnages remarquables : Philéas Lebesgue et
Paul Bouchet, liés d'une forte amitié. La résurgence
a lieu lorsque Philéas Lebesgue /|\ Ab Gwenc'hlan, fait reconnaître
son tout nouveau Collège Bardique des Gaules et sa qualité
de Grand-druide des Gaules par l' Archidruide gallois Gwili-Jenkins, à
Wrexham en août 1933. Ce Collège avait une vocation symboliste,
littéraire et archéologique principalement. On y trouve
de grands noms de l’ Occultisme comme ceux de Robert Ambelain ou
d’ André Savoret …
L'élève et ami de Philéas Lebesgue, Paul Bouchet,
reçoit de celui-ci l' Initiation druidique en 1942, en privé
pour cause de guerre, et mission de fonder un Collège Druidique
des Gaules (C.D.G., prenant le relais du Collège Bardique, alors
toujours existant mais devenu inactif) à vocation paganisante (quoique
reconnaissant Jésus comme un Maître), résolument axé
sur l'aspect ésotérique et initiatique, à caractère
sacerdotal et reconnaissant la femme à égalité. A
la suite de Philéas Lebesgue, Paul Bouchet, sous le nom de /|\
Bod Koad, devient le deuxième Grand-druide des Gaules de la restauration.
C'est à ce titre qu'il assista à plusieurs reprises aux
assemblées de la Gorsedd de Bretagne ainsi qu'à celles du
Druid Order et de l’ OBOD de Grande-Bretagne, avec lesquels il entretenait
les plus étroites relations. Car Paul Bouchet, homme d'une grande
probité, était reconnu par ses pairs, tels les Grands Druides
François Jaffrennou /|\ Taldir puis Pierre Loisel /|\ Eostig Sarzhaw
(que j’ai rencontré) de la Gorsedd bretonne, ou Robert Mac
Gregor-Reid puis le Docteur Maugham, Chiefs Druids du D.O., et /|\ Nuinn
Ross Nichols (que j’ai aussi rencontré) Chief Druid de l'Order
of Bards, Ovates and Druids.
Mais des druides « gaulois », esprits chagrins et jaloux,
se sont permis de tenter de salir la mémoire de Paul Bouchet en
prétendant qu'il n'avait été ni initié ni
missionné par Philéas Lebesgue, et que cela reposait sur
un mensonge. Ayant entraîné des ignorants avec eux, ils auront
à en rendre compte devant l’ Universelle Justice ! J'ai en
ma possession deux lettres de 1949 et une de 1951 de Philéas Lebesgue,
dont une est particulièrement significative prouvant la gratuité
et la mesquinerie de ces accusations : l'auteur y appelle Paul Bouchet
"Mon cher Grand Druide et Ami", échange librement des
considérations sur quelques activités du monde druidique,
le félicite de son "travail énorme" d'enseignement
et fait allusion à une certaine "Grande Druidesse" (Marguerite
Lejeune /|\ Morgane dont je t’ai déjà parlé).
En
outre, /|\ Bod Koad fut également initié au druidicat
par Morvan Marchal /|\ Artonouios, Archidruide de la Henvreudeuriezh
Tud an Derv (H.T.D., Ancienne Fraternité des Hommes du Chêne)
résolument paganisante, fondée en 1936.
Enfin, /|\ Bod Koad s'est dit héritier d'un mystérieux
Grand Chêne (à ne pas confondre avec ses homonymes modernes)
d'une tradition française remontant à Pierre de Brueys,
au XIIème siècle. Bien qu'il ne se soit jamais étendu
en confidences à ce sujet, je possède une lettre du
barde /|\ Tarnantos à Paul Bouchet faisant état d'un
"Grand Chêne Celte fondé par le Grand Maître
Phi. Lebesgue". Faut-il dire re-fondé, réactivé
? Est-ce le même ? En tous cas, ni Phileas Lebesgue ni Paul
Bouchet n'étaient hommes farceurs ou irresponsables ! Il est
au contraire bien difficile de trouver tout à la fois plus
modestes et plus conscients de l'importance de leur fonction. Et Paul
Bouchet fut le constant défenseur de ce réveil druidique
gaulois, dans un grand souci de rigueur et d’intégrité.
Je l’ai toujours (depuis 1966) connu ainsi. Et c’était
un chercheur et un travailleur acharné, auquel nous devons
tous beaucoup !
Que cela plaise ou
non, il fut un puissant contributeur au sauvetage puis à la survie
de notre Tradition, avec quelques uns de ses contemporains anglais et
bretons d’ailleurs. Et si certains de ses propos ont pu choquer,
si certaines attitudes ou prises de positions purent déranger par
leur caractère catégorique, cela repose, justement, sur
cette exigeante intégrité et le rôle de « gardien
du temple » dont il se sentait investi jusqu’à le tracasser.
Ajoutez à cela des faiblesses bien naturelles, souvent mues par
une confusion commune entre la compassion et la complaisance, l’ignorance
avouée des pensées orientales qui lui étaient assez
énigmatiques, et la peur que ne disparaisse dans une bouillie moderniste
les trésors de la Tradition à laquelle il a voué
sa vie, et vous comprendrez l’homme.
J’ajoute
que c’était un mystique profond, engagé, honnête
sur lui-même, qui se trompait parfois mais était (combien
de fois ne l’ai-je pas vu moi-même ?) capable de le reconnaître
avec humilité et, alors, de lâcher prise aussitôt.
En fait, je le répète, ses pairs le reconnurent pleinement
; ce sont ceux des siens pour lesquels il eut bien des libéralités
qui le trahirent et le discréditèrent. Classique. Et
triste.
Avec ma grand-mère, ce furent mes premiers Maîtres, et
des plus marquants. Il me fit d’ailleurs seul (après
un autre Druide décédé) légataire de la
transmission complète de l’enseignement des Runes Celtiques
*. Quel royal cadeau !
Pour
reprendre maintenant, si tu le veux bien, le fil de cet entretien, à
quel moment s’est constituée la Fraternité Initiatique
Druidique Abalo ?
La Clairière
Vogesus du CDG fut close en 1975, faute de participants,
désormais géographiquement dispersés. En 1976,
ma mère et plusieurs Dignitaires du CDG fondèrent la Fraternité
Universelle des Druides (devenue la Fraternité Universelle Druidique),
à la suite d’une mauvaise querelle orchestrée par
quelques Druides du CDG, que déplora grandement Bod Koad (depuis,
le CDG a reconnu la grande contribution de ma famille et de la Clairière
Vogesus à son histoire). Ma grand-mère suivit sa fille
mais resta aussi au CDG.
Quant à moi, dans un souci de fidélité à
Bod Koad, je ne pris pas part à ce schisme que je regrettais
aussi, et restai quelque temps encore au CDG, continuant à étudier
et pratiquer de mon côté, mes liens se défaisant
avec la structure, petit à petit. D’ailleurs, j’ai
le sentiment que Bod Koad et moi ne nous sommes jamais quittés,
même au-delà de sa mort !
Quand je vivais à Neufchâteau, dans les Vosges, au début
des années 80 (j’étais alors Druide, initié
par ma grand-mère, et professeur de philosophie et de yoga),
j’avais constitué un petit groupe druidique informel composé
d’amis proches. Les chose évoluant, je me demandai s’il
était convenable, souhaitable et nécessaire de transformer
cela en Ordre. Pour ce faire (j’habitais alors une demeure flanquée
d’un petit parc, au bout duquel étaient deux fabuleux bouleaux),
je sommai, c’est le terme, l’Esprit Universel, les Dieux
et les Maîtres Druides du passé de m’envoyer un signe
probant : il fallait, impérativement, que trois corbeaux, de
grands corbeaux noir bleu, pas des corneilles, se posent ensemble sur
les bouleaux, alors éclairés d’une puissante lumière
rasante au couchant, car cela les rendait tout dorés, sous un
ciel plombé de lourds nuages noirs d’orage mais sans pluie
! Si, je t’assure, je voulais tout cela parfaitement synchronisé
et stable pendant environ trois minutes ! Eh bien, au bout de seulement
quelques jours, je ne sais plus combien, j’ai eu mon tableau complet,
un soir en rentrant du lycée, magnifique, somptueux avec, en
prime, un concert gratuit de la part de mes généreux messagers
corvidés de la céleste Avallon. Ce n’est pas tout.
Alors que je me demandais quand il était judicieux de fonder
l’Ordre, dont j’ai eu aussitôt le nom en tête
(au départ Fraternité Initiatique D’ Avallon, dite
FIDA ou Abalo), et que je pensais à la date d’ Imbolc dans
ce dessein, je demandai de l’aide à mes Maîtres et
ouvris au « hasard » le livre, « Hû Gadarn,
le premier Gaulois ». La raison du choix de ce livre comme base
oraculaire était sans doute un peu ridicule, mais je l’aimais
beaucoup : il était écrit par Bod Koad, et porte un élan
qui me plait fort. Bref, ouvrant donc au « hasard », je
pointai aussitôt la phrase suivante : « Le jour de Beltan
était enfin arrivé ». Bon. J’avais ma réponse.
Je remerciai donc. C’était en 1987.
Et
depuis ?
Ah
! depuis... Il s’en est passé des choses. J’ai déménagé
plusieurs fois,
quittant mes Vosges, dont je connaissais la plupart des lieux sacrés
et des forêts à champignons. J’avais aussi reçu
nombre d’autres filiations druidiques, continentales et insulaires,
dont bretonnes, au long de ma Voie. Je crois que c’est en 1988 ou
9 que j’ai intégré la FUD, cédant aux appels
pressants de ma mère qui avait besoin de mon aide ès qualité.
Je portais alors le nom de Ram Virion (transcription gauloise du breton
Gwirion). Je devins donc le sanglier de la Clairière Lug de Montpellier,
puis Pendragon de l’Ordre. À cette époque et peu à
peu, la FIDA, dont la plupart des Membres m’avait suivi dans la
FUD, restreint puis mis en sommeil ses activités propres. À
la mort de ma mère, je fus élu Grand Druide de la FUD et
choisis de m’appeler simplement Ram, nom qui est encore le mien
aujourd’hui, cumulant les deux « casquettes » de chef
de la FUD et de la FIDA. Par la suite, pour des raisons successives et
complexes appartenant à mon chemin et à celui de l’
Ordre, je rendis le flambeau de la FUD à qui de droit et, depuis,
la FIDA a repris progressivement du poil de la bête (de cerf ou
de sanglier bien sûr ; quant au saumon, pour les poils...), pour
être maintenant tout à fait réveillée et collaborant
heureusement avec, entre autres, la FUD. Mais cela s’est bien élargi
avec la Confédération.
Justement,
parle-moi de cette Confédération si tu le veux bien.
Bien
sûr ! Avec joie !
J’avais déjà fait, après d’autres, auprès
d’un panel de Groupements druidiques, une tentative esquissée
et manquée en ce sens à la fin des années 90. À
l’époque, deux Ordres ont dit oui (dont la FUD bien que,
de mon propre chef, je n’y fusse plus, me consacrant à la
FIDA), un a poliment refusé, deux ont purement et simplement trahi
et détourné le projet, les autres n’ayant même
pas pris la peine de répondre ... Bref, passons ! Je ne suis en
effet pas le seul à avoir essuyé ce type de déboire.
Ultérieurement, mes retrouvailles chaleureuses avec /|\ Kensonnerezh
Gwen, actuelle Druidesse Présidente de la FUD, et ma rencontre
enthousiaste avec /|\ Alanon, /|\ Atylennos et /|\ Gwydion (respectivement
Grand Druide et Druides de l’ ODAN) ont remis cette voie en chantier.
Cela aboutit, en juin 2006, à la création de cette table
ronde nommée Union Druidique. Et, bien heureusement pour nous,
mes amis /|\ Dana Lovania (Grande Druidesse de la FUD) et /|\ Myrddin
(Pendragon de la FUD) ont vite rejoint l’Union, ainsi que mon cher
vieux compagnon de route /|\ Lug Sioul (désormais Pendragon de
la FIDA) et mon cher ami /|\ Hû Mab Doue (Druide de la FIDA). Pour
ne citer que les Druides de l’Union Druidique, nous nous trouvâmes
alors 9, 3 de 3 Ordres différents.
En novembre 2007, au cours d’une communication téléphonique
avec
/|\ Alanon (c’est déjà comme cela que l’Union
avait démarré), il devint évident que nous étions,
pour un certain nombre, désireux d’aller nettement «
plus oultre » ce qui, un mois plus tard, grâce aux ralliement
des trois Groupes initiaux plus un quatrième nouveau venu et bienvenu,
déboucha sur notre Confédération actuelle. Elle comprend
donc (à la date de sa création), du fait de l’affiliation
de leurs Groupes, 3 Druides de plus (soit 12), dont mon autre cher vieux
compagnon de route /|\ Iris (Druide de la FIDA) ainsi que l’estimé
/|\ Bran Du (Chef Druide du Groupe Kan Ar Vuhez, de la Comardiia Druidiacta
Aremorica).
Quatre Groupes au départ donc, avec aussi leurs troupes, ont librement
consenti et construit, le 17 février 2008, une synergie spirituelle,
morale et sociale, sans doute modeste (mais c’est juste un nouveau
né), que nous souhaitons tous harmonieuse, paisible, efficace et
parfaitement respectueuse de l’indépendance et de l’intégrité
de fonctionnement des Groupes druidiques à caractère initiatique
et sacerdotal, qui la constituent.
Comme
tu le dis toi-même, les débuts sont modestes.
Certes
! Mais l’important était de réussir prioritairement
à concrétiser une
vision reposant sur des bases précises. Si elle est juste, le reste
s’ensuivra tout seul, en son temps naturel, j’en suis persuadé.
D’autres Groupes viendront, c’est tout aussi sûr, et
il faut qu’ils puissent y venir en toute confiance. En tout cas,
nos esprits et nos bras sont largement ouverts à ceux qui sont
prêts à poser avec nous, haut et clair, des valeurs spirituelles
et éthiques au sein du Druidisme de toujours et de demain. Et je
me porte garant, puisque j’ai eu le grand honneur et la superbe
marque de confiance d’avoir été élu «
synergiste », de ces valeurs philosophiques d’ Éveil
et d’interactivité harmonieuse, éthiques de bonté
et de fraternité universelles, humanistes de liberté des
consciences et des fonctionnements, et ce, de la manière la plus
équanime et équitable. Et, pour que cela soit possible,
j’ai besoin, c’est l’évidence même, du
soutien amical, effectif et éclairé de tous mes Frères
et Soeurs.
Comment
comptes-tu mener ta charge de Grand Druide Confédéral de
la « Confédération de Fraternités Druidiques
» ?
Pas
comme un « grand mamamouchi à plumes », en tout cas
! Car, je le
répète, tout dépend de nous tous, pas de moi seul,
car je sais l’illusoire et l’absurde d’hypertrophier
ma fonction.
Il faudra que le Haut Conseil des Chefs d’ Ordres m’entoure,
tout à la fois porteur du destin commun et de celui de leur clan,
d’avancées généreuses dans l’échange
et le partage, et relais de-et-vers leur Groupe propre au regard de ma
fonction.
Il faudra que le Conseil Confédéral des Druides joue, au
niveau confédéral comme intra muros, son rôle de transmission
de la Tradition, de réflexion innovante, de vigilance et d’harmonisation
constante (pas d’unification ! attention ! nous y perdrions).
Et cela, entre autre, « en Initiés » et dans la vision
d’un Bien commun à long terme !
Bien sûr, quand ma charge me mettra en devoir d’arbitrer ou
d’opter, en dernier recours et pour le soin de la Confédération,
après avoir pris tous les conseils prévus, j’assumerai
de trancher, d’un coeur serein (j’espère).
Dans cette même optique, j’exprime en parenthèse ici
que je veillerai aussi à ce que l’Association légale
reste évidemment au service de la mission essentielle de la Confédération
: être le corps social de ses attentes et de ses projets «
spirituels et moraux », et en aucun cas l’inverse ; les Statuts
précisent d’ailleurs que le Président tient ses directives
au quotidien du Grand Druide.
En effet, cela rentre d’importance dans une réflexion générale
qui est la suivante : toute charge ou fonction comme toute forme institutionnelle
sont un service à la Voie de la collectivité. Pas de place
au carriérisme individuel égotique donc (à commencer
par le Grand Druide si c’était le cas, et les Druides ont
des verrous de contrôle prévus au Coutumier), pas plus qu’à
l’hégémonie de tel ou tel Groupe (des modalités
particulières de vote ont circonscrit ce risque, néanmoins
toujours possible). Il ne tiendra qu’à nous de comprendre
le message de Carabosse et d’anticiper.
Tu
es donc conscient que l’aventure puisse comporter des risques ?
Allons
donc, bien sûr ! nous sommes humains ! Mais l’audace aussi
est humaine, non ? En outre, nos Confrères bretons n’ont-ils
pas déjà constitué deux Comardia ou confréries,
en ce sens, et les grand-bretons un large rassemblement ? Alors ?
Alors...
quels conseils donnerais-tu pour éviter les écueils ?
Restons
tous vigilants mais confiants, ardents mais sereins, engagés
volontaires de cette aventure dont on peut à bon droit espérer,
au vu de nos comportements fructueux de presque deux ans déjà
de prémisses, qu’elle a tout pour être belle !
Et
surtout réjouissons-nous ! Ma mère appelait notre chemin
« la Voie de la Joie ». C’est vraiment trop oublié,
la joie, le principe de plaisir (comme eût dit Freud) toujours
ratatiné par le principe de réalité... prosaïque.
Nous avons uni la force de nos esprits « afin que, de nos efforts
conjugués, renaisse une Terre plus belle » en proclamant,
« coeur à coeur et la main dans la main », le résultat
de nos voeux (déjà déclarés sur Internet
depuis presque deux ans et largement effectifs) d’oeuvrer en
commun au Bien de tous les Êtres et de la Nature et de tendre,
journellement, à réaliser « la Plénitude
du Gwenved », toujours dans l’amour et le respect des
animaux et des autres règnes d’Abred, toujours !
C’est solennel, émouvant, et cela m’encourage et
me fait chaud au coeur.
Par ailleurs, je crois
en l’aide de nos Grands Anciens, en la bénédiction
de nos Dieux uns en l’ Esprit Un, en la protection des Gardiens
de la Voie, en la magie de nos Fées, en notre Alliance bienveillante
avec tous les Esprits de la Nature. Je te livre ma prière constante
:
«
Que la Lumière une de l’ Awen
nous enveloppant nous éclaire
nous pénétrant nous guérisse
et nous devançant nous guide
pour l’ Éveil et le Bien de tous les êtres sensibles
en ce jour et à toujours !»
La
foi semble visiblement compter beaucoup dans ta démarche.
La
foi, oui, c’est l’énergie de l’ Essence, mais
pas la croyance, cette fille
dévoyée dont la formulation volatile divise sans cesse les
Hommes à mort. La Voie de la Tradition Druidique est doctrinale,
pas dogmatique. Notre foi prend aussi forme en des contenus, en lesquels
nous nous « fions », mais ceux-ci exigent le libre examen
et la libre application (comme dans le Bouddhisme) ; c’est reconnaître,
implicitement mais totalement, la révision éclairée
possible de ses contenus intellectuels et la relativité de la vérité
vue sous l’angle individuel ou culturel. En fait, nous pensons que
« notre » vérité, relative donc et consensuelle,
est une « représentation » ou « désignation
» asymptotique de la Vérité ou Réalité,
perceptible en sa vastitude seulement dans l’état pleinement
réalisé que nous nommons Gwenved. Pas d’intégrisme
à craindre d’un vrai Druide, donc.
As-tu
un message pour les autres obédiences druidiques ?
Un
message ? ... ... ...
Faisons nous plus confiance ! Unissons sans unifier notre désir
de Quête ! Montrons un visage plus crédible aux gens qui
nous prennent pour des rigolos, plus spirituel à ceux qui ne voient
en nous que des néo-celtisants, plus philosophique à ceux
qui nous pensent simplement néo-païens, plus paisible à
ceux qui craignent « le retour des barbares » (comme a dit
un ancien cardinal archevêque de Paris). Le Druidisme contemporain
a, à mes yeux, l’impérieux devoir de se repositionner
comme Voie Initiatique d’ Éveil, universaliste quoique fondée
historiquement en culture celtique, ouverte à l’étude
et respectueuse des autres démarches spirituelles tout comme des
agnostiques, profondément ancrée dans les pratiques de Réalisation
... Bref, il y aurait beaucoup à partager, à réfléchir
et à méditer en commun.
Et
que dirais-tu à quelqu’un qui voudrait entrer dans la voie
du druidicat ?
Oups
! Je ne vois guère comment rassembler cela en quelques mots
!
D’abord, qui est ce quelqu’un ? Il ou elle n’arrive
pas comme une cire vierge mais comme une personne frappée au
coin d’une histoire personnelle. Donc quelle connaissance a
t-elle déjà d’elle même ; quelle conscience
a t-elle de ses aspirations ; sur quoi reposent ses idéaux
? Il faudrait qu’elle ait déjà des éléments
de réflexion et d’approche dans ce sens. Ensuite, en
fonction de cela, quelle idée se fait-elle du Druide ; cela
est-il bien en rapport avec ses attentes ; à quoi est-elle
prête pour y parvenir ? Et puis surtout, surtout, quelles sont
ses motivations profondes ; pourquoi est-ce si important d’y
parvenir ; et à quelles fins ? ...
Voilà quelques éléments, quelques pistes préparatoires
à explorer sérieusement. Si tout est clair, il est alors
possible de voir plus loin, seulement là.
C’est
exigeant.
Je ne
trouve pas. Initiation veut dire « mise en chemin ». D’où
à où ?
De quoi cherche t-on à s’éloigner et que désire
t-on atteindre ? Pourquoi et pour quoi cheminer ? Et c’est quoi
cheminer ? En tout cas, c’est comme cela que nous voyons les choses
dans la Fraternité Initiatique Druidique Abalo. Mais personne n’est
tenu au même point de vue.
Vers
quoi tend une Voie spirituelle comme le Druidisme ?
Clairement,
à mes yeux, vers ce qui a été diversement nommé
au gré des cultures et au cours des siècles : apocatastase,
grand oeuvre, réintégration, déification, illumination,
éveil, réalisation ...
Il s’agit du « saut hors la roue » de Tarabara. Notre
Rite dit : « Que sortis de Cythraul par la Parole divine, nous traversions
Abred par notre travail et parvenions à la Plénitude du
Gwenved ! ». Je rajouterai : ... pour le Bien et la Réalisation
de tous les êtres.
Tout le reste, grands arts traditionnels, hautes sciences occultes et
autres « pouvoirs » qui peuvent nous fasciner, si cela nous
fait négliger voire oublier l’essentiel, est dévoiement
et péril. Mais c’est surtout, la plupart du temps, tellement
illusoire et donc totalement inutile et nuisible en l’absence d’une
guidée sûre et amie qui détienne et soit capable d’indiquer,
dans ce labyrinthe abscons, le Fil d’ Ariane, celui-là seul
qui permette de trouver l’issue salvatrice de notre égoïque
et infirme condition. « Ne te départis pas de l’ Étoile
du Nord ! », disent les Alchimistes, ce qui est semblable, ou encore
: « Oeuvre au Grand Oeuvre du général sans t’égarer
dans la quête des particuliers », ce qui est du pareil au
même.
Le Druidisme se doit de redevenir pleinement un digne « véhicule
» sur la Voie de l’ Adeptat, au sens alchimique du terme.
Ou il mourra.
À
ce point ?
Je
le crois. Il est en vogue, actuellement. Dans un monde occidental bousculé
qui recherche désespérément ses racines et des rêves
compensatoires, il trouve un terreau propice. Mais jusqu’à
quand ? Un tournemain de l’ Histoire et hop ! il disparaîtra
de nouveau, à moins qu’il ne se soit inscrit, entre temps,
non seulement dans l’horizontalité toute existentielle de
la concaténation des cultures, historiquement mortelles, mais bien
dans la verticalité de la « présence » de ce
qui Est : le Sens même de la Vie, sa base, son chemin et son fruit.
Je crois bien enfoncer des portes ouvertes en disant cela, mais il me
semble qu’on soit souvent trop oublieux...
Penses-tu
alors que la Tradition Druidique soit, à ce jour, une Voie spirituelle
encore détentrice des moyens « techniques » susceptible
de mener à l’ Éveil parfait, à la Réalisation
de la Plénitude du Gwenved ?
Collectivement
? franchement non ; quelques Druides ici ou là, certes oui.
Je me doute bien que je ne vais pas plaire à tout le monde en disant
cela ...
Cependant, parlons vrai : combien d’ Ordres ont pour vocation première
affichée de tendre à y conduire, et pas seulement de gérer
la poursuite d’une tradition culturelle, même savante, même
richement élaborée ? Combien prennent cet engagement prioritaire
envers leurs disciples, osant s’afficher résolument hermétistes
ou mystiques ? Il y en a peu, n’est-ce pas ?
Il
faut bien comprendre qu’il y a deux niveaux d’instructions
véhiculés par la Tradition des Druides auxquels il est
fait allusion dans l’expression bien connue suivante : «
mener les marcassins à la glandée et sous la Pommeraie
». A la glandée d’abord ; sous la Pommeraie ensuite.
Ces deux termes ne sont ni interchangeables ni, a fortiori, synonymes.
La glandée renvoie à la Chênaie, le lieu emblématique
du Druide où se transmettent les connaissances et les arts,
la philosophie (métaphysique, sciences humaines, éthique
...) et la symbolique qui irrigue nos Mystères.
De nos jours, la société civile prend heureusement en
charge une très
grande partie de ce qui constituait environ 20 années d’apprentissage.
Ouf ! cela nous permet de nous concentrer sur l’essentiel.
La Pommeraie est un
Sid(h), un lieu hyperphysique à partir duquel les Grands Êtres
accomplis de la Tradition Occidentale invitent à l’ Éveil
et, éventuellement, à les rejoindre si besoin est, prodiguant
à cet effet les opportunités de rencontre et les moyens
conduisant à la Réalisation parfaite, à qui y est
sensible et se rend patiemment, assidûment et humblement compétent
pour cela.
Tu
fais donc partie de ceux qui ne croient pas en l’ Île d’
Avallon que comme une simple métaphore ?
Certes,
oui ! Toutes les Traditions authentiques font allusion, voire bien
plus, à un Jardin des Hespérides, à une Jérusalem
Céleste, à un royaume de Shambhala, à des Terres
Pures ... ainsi qu’aux nombreux échanges entre nos
deux niveaux de mondes.
Et donc, pour
pouvoir mener « sous la Pommeraie », il faut en connaître
un tout petit peu les enseignements, enseignements qui filtrent
assez nettement dans les rapports tissés entre Myrddin -
Merlin et Nimuë - Viviane, ou avec sa « soeur »
Gwendydd – Ganieda, ou encore chez certains Maîtres
de l’ Alchimie occidentale, par exemple.
Et
tu te classerais dans la catégorie des gens compétents pour
cela ?
Ouh
la ! Quelle question ! Que ce soit clairement dans l’intention constante
de notre Ordre de se perfectionner en ce sens, la F.I.D.A, Abalo, la Pommeraie,
la Pomme, oui ; que ce soit en notre qualité effective, c’est
une tout autre affaire ! Mais n’est-ce pas aux disciples de juger
de ce qu’ils apprennent par leur propre expérimentation intime
tout au long du voyage initiatique ?
En
effet.
Mais revenons sur un point qui me paraît très important,
veux-tu ? Peut-on faire confiance, au-delà du folklore et des rêves,
à ce qui reste aujourd’hui de la Tradition des Anciens ?
Est-elle en péril ?
J’y
crois dur comme fer à la valeur de cette Gnose dont le grand Pythagore
disait qu’elle était incarnée par « les plus
sages parmi les hommes de la Terre » qu’il ait rencontrés
! Et Dieu sait qu’il en avait rencontrés, des Hommes, de
grands Initiés, grecs bien sûr mais aussi égyptiens,
chaldéens, iraniens, indiens ... Il savait de quoi il retournait
! Et il nous reste un large essentiel qu’il est bien sûr impossible
de détailler dans le cadre de cet entretien, mais qui fait encore
l’objet de transmissions et d’enseignements. Mais nous reste
t-il des Sages ? Il y en a eu, de brillants esprits, et de sages, depuis
le Renouveau du début du XVIIIème siècle, pour ranimer
la flamme de la noble Sapience d’ Occident ! N’y en a t-il
plus ? Je pense que si, mais peu, et en ordre dispersé.
Notre Tradition, hautement respectable et estimable, n’est jamais
vraiment morte, tu sais ; elle était en hibernation dans un ensemble
culturel éminemment répressif, mais qui n’en a plus
vraiment les moyens maintenant. Elle n’est pas non plus artificiellement
ressuscitée ; nous avons, en ce début de XXIème siècle,
énormément d’éléments à notre
disposition : ce qui de symbolique est passé dans le folklore,
justement, les découvertes linguistiques, littéraires, archéologiques...
et j’en passe qui ne me revient pas sur l’heure, et sans compter
le vaste contenu de l’ Ésotérisme occidental (dans
ce qu’il a de sérieux, bien sûr). Mais c’est
là qu’un fil d’ Ariane fourni par un bon guide est
indispensable, dans l’optique du seul Éveil, nous en avons
parlé !
Et puis nous avons l’éternelle et majestueuse capacité
spirituelle de méditer, le coeur de la pratique, de contacter et
actualiser ce qui est « le plus nous-même », atemporel
et divin !
En outre, quantitativement, le monde druidique est évalué
à plusieurs milliers de personnes, druidisants et sympathisants
confondus, en France, et plusieurs millions dans le Monde entier (jusqu’en
Nouvelle Zélande). C’est tout de même aussi, n’est-ce
pas, un vaste réservoir qualitatif. Gardons confiance en l’humaine
nature !
Mais gardons nous de croire notre illustre (certes) Tradition supérieure
à celle des autres, de bannir l’étrange étranger
au nom d’une pauvrissime « cohérence culturelle »,
n’ayant pas encore compris qu’il s’agit de Spiritualité,
pas de sectarisme religieux, d’ Humanisme, pas de rivalités
ethniques, d’ Esprit humain, pas d’un triste sexisme, de «
la Réalisation de la Plénitude du Gwenved », pas de
tourisme intellectuel, de Mystique naturaliste holistique, pas d’une
écologie économique (quoique sa nécessité
soit évidente !).
Ce qui a fait la réputation des Druides de jadis auprès
de leurs contemporains, c’est que tout l’édifice de
leur mode de vie et d’apprentissage reposait sur une Philosophie
et une Science éminentes parce qu’éclairées,
et donc puissamment éclairantes, jusqu’à éveiller
les êtres. Osons assumer nos charges spirituelles !
Et pour cela, il ne faut pas se « calquer » sur ce qui reste
des Anciens, comme le souhaiteraient les nostalgiques passéistes,
ni jouer la carte du changement à tout prix, sous prétexte
que « les temps ont changé », comme le font a contrario
les modernistes butineurs new age.
Je parle d’ Initiation. Et sûrement pas pour elle-même,
comme un but dénaturé par l’ambition personnelle et
la vanité, non, comme un engagement grave, profond, constant, humble
et loyal, l’affaire d’une vie.
Que
voilà une bonne conclusion ! Je te propose de nous arrêter
là pour aujourd’hui. Est-il envisageable de poursuivre à
une autre occasion ?
Avec
plaisir, car c’en fut un.
Merci
Si
vous désirez joindre /|\ Ram
et la Fraternité Initiatique Druidique Abalo :